11-Décembre à Banfora : L’organisation sabotée selon Abdoulaye Soma

Aux lendemains de la tenue des festivités du 11-Décembre 2020 à Banfora, chef-lieu de la région des Cascades, des ressortissants ont dénoncé une organisation bâclée, sabotée. Nous vous proposons l’intervention du porte-parole, Pr Abdoulaye Soma.

Au Burkina Faso, depuis l’an 2008, il a été institué une organisation tournante des festivités symbolisant l’accession de notre Nation à l’indépendance et à la République. La célébration nationale est annuellement organisée le 11 décembre dans une Région, suivant un programme préétabli, sous un thème prédéfini. Cette année 2020, les cérémonies du 11 décembre ont eu lieu à Banfora, sous le thème « Cohésion nationale et engagement patriotique pour un développement durable du Burkina Faso dans un contexte d’insécurité et de COVID-19  »

L’idée de cette célébration nationale tournante dans les différentes régions du Pays vise en réalité essentiellement deux objectifs, à savoir les investissements pour le développement infrastructurel régional et les festivités de cohésion sociale. Cette année 2020 à Banfora, le gouvernement semble avoir décidé d’organiser un véritable sabotage, en escamotant ces deux objectifs fondamentaux, avec preuves à l’appui.

Sur le premier objectif de l’investissement pour le développement infrastructurel régional, Banfora, pour dire la Région des Cascades, n’a eu droit qu’à être bâclé. D’une part, certaines infrastructures traditionnellement emblématiques du 11 décembre n’ont pas été réalisées, même pas un commencement d’exécution. C’est l’exemple de l’auberge du 11 décembre, qui était programmé, mais qui semble avoir été oublié. C’est aussi le cas de la Maison de l’appelé, qui se construit habituellement lors des célébrations du 11 décembre dans les chefs-lieux de région, mais Banfora n’a pas semblé avoir ce mérite aux yeux des organisateurs. Le fait que ces deux infrastructures, prises à titre d’illustration, qui ont pour vertu d’augmenter les capacités d’accueil des régions et villes ont fait défaut, beaucoup de festivaliers ont du passer leurs nuitées de festivités dans des régions et villes voisines comme Bobo-Dioulasso. Il en va de même des feux tricolores de régulation de la circulation. Aucun n’a été réalisé, même sur les axes arrangés par les organisateurs du 11 décembre pour le compte de Banfora.

D’autre part, pour les infrastructures prévues et réalisées, c’est le bâclage qui défit le mépris de la Région et de l’ensemble de ses habitants, sans distinction. Les bitumes ou goudron effectués ne sont pas de qualité, même aux yeux de simples profanes. C’est à Banfora que lorsqu’on circule sur un nouveau goudron terminé on est poursuivi et envahi par la poussière du goudron. C’est anormal dans la gestion d’une localité de la République. Seul le gouvernement a le secret de l’explication de ce qui a été fabriqué à Banfora.

Sur le second objectif des festivités de cohésion sociale, pour la région des cascades et Banfora, notre tradition de cohésion sociale a été bafouée. D’abord lors du défilé, il a été annoncé que les ethnies principales de la Région allaient se succéder. A Banfora, tout le monde sait qu’il y a trois ethnies qui sont considérées comme autochtones et fondatrices, à savoir les Gouin, les Karaboro et les Turka. Dans le passage au défilé, les Turka n’ont pas eu le droit de défiler. Les Sénoufo n’ont plus, incontournables, nont pas eu le privilège de défiler. Seul le gouvernement peut en donner les justifications. Nous nous désolidarisons de cette discrimination et de cette exclusion qui ne fait que fragiliser la cohésion sociale nationale et régionale.

Ensuite, compte tenu des retards d’exécution de tout ce qui devait être prêt pour la célébration, un millier de leaders, allant des chefs coutumiers et traditionnels,  aux anciens et actuels grands leaders de la Région, avait initié une pétition pour le report des festivités à l’années prochaine, le temps de mieux faire correctement les choses. Le gouvernement n’a même daigné les recevoir pour les entendre et discuter sur le bien-fondé de la demande. Pourtant, le report a déjà été concédé pour Koudougou de la région du Centre-Ouest en 2011 reporté à 2012 et pour Kaya de la Région du Centre-Nord en 2015 reporté à 2016. Même cette année des festivités nationales ont été reportées, comme le Tour du Faso et la SNC. Le report du 11 décembre de Banfora aurait pu être envisagé, au moins discuté. Cela n’a pas été parce qu’on a voulu forcé pour une exécution, même au rabais, comme cela été fait. La région des cascades et ses habitants de diverses ethnies du Pays ne méritent pas cela. Aucune région du Pays ne mérite pas qu’on bâcle ses opportunités de développement et de joie. Enfin, les chefs coutumiers et traditionnels représentatifs de la Région, entre autres le chef de canton de Banfora, n’ont ni été associés ni été invités aux célébration d’après leur témoignage. Dans quelle localité du Pays, le gouvernement peut-il aller faire une cérémonie nationale sans égard aux autorités coutumières et traditionnelles dans la localité ? Peut-on exclure de Moro Naba de telle chose à Ouagadougou dans la Région du centre? Peut-on exclure  Naba Kiiba de telle célébration à Ouahigouya dans la Région du Nord ? La réponse est non. Ce n’est pas envisageable, ni souhaitable, ni acceptable. Nos autorités coutumières et traditionnelles ont droit aux égards des gouvernants de la République, comme on en a l’habitude. A ce sujet, ce qui s’est passé à Banfora n’est autre qu’un scandale indigne de notre Nation.

J’appelle le gouvernement à avoir plus d’égards et les mêmes égards aux différentes localités et communautés qui composent notre chère et riche Nation. Il faut être plus ouvert aux échanges avec les gouvernés, qui ne contestent pas les autorités de la République, mais qui ne demandent qu’à contribuer au renforcement de la bonne la gestion de notre pays. Nous restons constamment saisis, en tant que leaders, des questions de défense de la dignité et des intérêts des communautés. Cette veille continuera avec vigueur et rigueur.

Le patriotisme commence au berceau et au bercail, autant on défend ici la dignité et les intérêts des localités à l’intérieur du Pays, autant on défendra la dignité et les intérêts du Pays à l’extérieur.

                                    Ouagadougou, le lundi 14 décembre 2020

Pour les intéressés

Pr. Abdoulaye SOMA

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*