Zéphirin Diabré : « La réconciliation nationale est devenue une grande priorité »

Le ministre d’Etat, ministre auprès du président du Faso, chargé de la Réconciliation nationale et de la Cohésion sociale, Zéphirin Diabré, a animé une conférence de presse, le jeudi 4 mars 2021, dans la salle de conférences du Service d’information du gouvernement (SIG), à Ouagadougou. Les échanges avec lui ont porté sur le processus de réconciliation en cours au Burkina Faso.

Depuis sa nomination le 10 janvier 2021, le ministre d’Etat, ministre auprès du président du Faso, chargé de la Réconciliation nationale et de la Cohésion sociale multiplie les audiences et les rencontres avec les institutions et les acteurs impliqués dans le processus. « La question de la réconciliation nationale qui est devenue de nos jours une grande priorité du président Kaboré tire sa justification dans un passé lointain de l’histoire du pays, mais aussi dans une actualité récente marquée par des crimes, de violations de droits, de conflits divers, de ressentiments d’injustice et de frustrations qui ont opposé des Burkinabè à d’autres Burkinabè ou à l’Etat », a rappelé d’entrée Zéphirin Diabré.

Pour le ministre d’Etat, le concept de réconciliation au Burkina Faso doit se comprendre en ayant à l’esprit cette très grande diversité de problèmes qui en créent le besoin. De ce fait, le ministre d’Etat a regroupé l’ensemble des problèmes auxquels il doit faire face en 5 grandes catégories. La première regroupe les problèmes d’ordre politique liés à la conquête ou à la gestion du pouvoir et ayant engendré des crimes de sang, des atteintes à l’intégrité physique, des destructions de biens d’autrui. On retrouve dans cette catégorie, à l’en croire, les dossiers Thomas Sankara, Norbert Zongo : « Dans cette catégorie, le HCRUN a reçu 145 dossiers de crimes de sang, 106 cas d’atteinte à l’intégrité physique. A propos de cette catégorie, on peut parler de réconciliation socio-politique ».

La deuxième catégorie concerne les conflits communautaires. Selon le ministre en charge de la Réconciliation nationale, citant une enquête du ministère de la Justice et des droits humains datant de 2018, il y a au total 1 321 conflits agro-pastoraux, 169 conflits de chefferie coutumière, 1 671 conflits fonciers, 33 conflits inter ou intra religieux, 41 conflits exploitants miniers-populations et 67 conflits politiques locaux. Et de laisser entendre que ces types de conflits posent de graves problèmes de réconciliation qui, s’ils ne sont pas résolus, vont continuer à mettre à mal la cohésion à la base et à détruire les fondements de notre nation. Dans cette catégorie, il a indiqué qu’il s’agissait de réconciliations communautaires.

Pas de négociation avec les terroristes

La troisième catégorie est relative au terrorisme. « Des citoyens burkinabè ont pris des armes contre leurs frères dans leurs communautés, et contre la nation entière. Les rapports communautaires séculaires ont été brisé par des affrontements périlleux entre groupes socio-ethniques », a expliqué Zéphirin Diabré. Dans cette catégorie, il a cité les massacres de Yirgou et de Barsalgho. Pour lui, cette situation a créé une communautarisation de la sécurité qui s’est traduite dans certains endroits par des conflits entre groupes d’auto-défense. Dans ce qu’il appelle réconciliation sécuritaire, celui qui prônait naguère la négociation avec les terroristes a balayé cette idée.

Les difficultés liées à la gestion des carrières individuelles ou la mise en œuvre de certaines réformes (brisement de carrières, refus d’avantages dus, licenciements abusifs…) constituent la quatrième catégorie. Le ministre en charge de la Réconciliation national a laissé entendre que 4 800 dossiers sur les 5 600 reversés au HCRUN concerne cette catégorie. Enfin, la cinquième catégorie concerne ce qu’il a appelé le ressenti de la gouvernance globale de l’Etat : « Des groupes sociologiques et des territoires posent la question de l’équité dans ces domaines (équité entre régions entre catégories de populations) ».

Le tryptique vérité-justice-réconciliation comme boussole

Pour Zéphirin Diabré, tout cela montre que le pays des Hommes intègres a « plusieurs problèmes de réconciliation qui touchent tous les aspects ». De ce fait, il a confié que la résolution de tous ces différents problèmes contribuera à raffermir la cohésion sociale. Il a assuré que la vision du gouvernement se veut holistique et transversale. Car, ce sont plusieurs réconciliations qui vont se superposer et s’enchevêtrer pour donner la réconciliation nationale. « Privilégier la dimension politique par recherche de sensationnel ou par calcul serait une grave erreur », a-t-il laissé entendre. C’est pourquoi, le ministre d’Etat a indiqué que la démarche, le processus doit être participatif. Pour lui, la réconciliation nationale sera un processus qui sera ponctué d’un acte solennel à l’image du forum national de réconciliation.

« Rien ne sera fait qui puisse apparaitre comme une prime à l’impunité. Pour cela, le sort des victimes, leurs souhaits et leurs propositions seront primordiales à nos yeux. Rien en sera fait ni décidé qui n’ait leur assentiment. Et rien ne sera fait qui soit contre leurs intérêts », a-t-il promis. Selon lui, le tryptique vérité-justice-réconciliation sera sa boussole tout au long du processus. Même si, assure-t-il, les mécanismes de réconciliation seront conçus en fonction des réalités locales et du type de problème à résoudre.

Mais avant, le ministre d’Etat entend dans les prochains jours, une fois les rencontres ciblées terminées, rédiger la stratégie nationale de réconciliation, la stratégie nationale de cohésion sociale, la stratégie nationale de lutte contre l’extrémisme violent ainsi que le nouveau pacte républicain. Il sera également question de faire le bilan de l’action du HCRUN, gérer la question la question des réfugiés politiques.

Par Bouélé Philippe BATIONO (Le Quotidien)

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