Décès de Boubeye Maiga : « Les détournements colossaux présumés pouvaient permettre au Mali de se doter d’hôpitaux ultra-modernes », Adama Ouédraogo Damiss

Dans réflexion, le journaliste et écrivain Adama Ouédraogo dit Damiss revient sur le décès de l’ancien Premier ministre malien Soumeylou Boubeye Maiga. Il évoque un manque d’humanisme : « Il est inconcevable qu’on dénie le droit à la santé à un citoyen pour un crime qui n’a pas été prouvé ». Mais aussi le fait que les sommes colossales présumées détournées pouvaient permettre au Mali de se doter d’hôpitaux ultra-modernes.

Il a fini par rendre l’âme des suites de ses problèmes de santé qui se sont exacerbés depuis qu’il a été arrêté et incarcéré pour  » faux, escroquerie, usage de faux et favoritisme ». Ses avocats avaient introduit des recours pour demander sa libération sans succès. Même l’option de sa mise en résidence surveillée pour le sortir de ses conditions difficiles dans sa cellule avait été rejetée par les militaires au pouvoir à Bamako.

Le rapport médical établi par un médecin-militaire n’a pas non plus fait plier le président Assimi Goita afin que Boubeye Maiga puisse être évacué à l’étranger pour des soins intensifs. Les larmes et les supplications de son épouse n’ont rien changé. Finalement l’ancien PM a passé l’arme à gauche dans une clinique de la capitale malienne ce lundi 21fevrier 2022. L’année dernière, précisément le 20 février 2021, le natif de Gao perdait son fils aîné, Idrissa Boubeye Maiga dit Idi, 37 ans.

Un an après, le père rejoint son fils au Royaume des cieux. Triste fin pour un homme politique qui était considéré comme le favori de la prochaine présidentielle. Il a malheureusement été rattrapé par les nombreux soupçons d’enrichissement illicite. Cela dit, le droit à la santé est un droit fondamental. Et l’ex-Premier ministre qui n’a pas été jugé devait être considéré comme innocent jusqu’à ce qu’il soit condamné jugé par un tribunal à l’issue d’un procès équitable et après épuisement de toutes les voies de recours.

Il est inconcevable qu’on dénie le droit à la santé à un citoyen pour un crime qui n’a pas été prouvé. Quand on a le pouvoir, il faut être un homme de pardon et traiter les autres dans le respect de leur droit et de leur dignité. Aujourd’hui c’est Boubeye, demain ce sera quelqu’un d’autre et un autre jour Assimi Goita et ses proches peuvent en victime d’un tel traitement.

On ne cessera jamais de le dire: la roue tourne. Soyons humains. Et sachons que tout se paye ici-bas. Boubeye Maiga est peut-être coupable mais le laisser mourir en lui refusant des soins de qualité est un crime.

C’est aussi le lieu d’interpeller nos dirigeants à construire des infrastructures sanitaires haut de gamme. Les détournements colossaux présumés des dignitaires du régime de Ibrahim Boubacar Keita pouvaient permettre au Mali de se doter d’hôpitaux ultra-modernes. C’est donc un message à tous les dirigeants africains: demain vous pouvez vous retrouver en prison avec des pathologies qui ne peuvent pas être prises en charge efficacement dans votre propre pays parce que vous n’avez rien fait pour le développement des infrastructures sanitaires.

A bon entendeur…

Adama Ouédraogo dit Damiss

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